Un changement de paradigme économique avec la prochaine élection présidentielle ?

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Et si François Hollande faisait effectivement la promotion d’Emmanuel Macron en vue de changer de paradigme économique, avec au fond, l’idée  de ne pas se représenter ?

Très bas dans les sondages, il martèle qu’il ne se représentera que si la courbe du chômage s’inverse.

Bien sûr, il essaye par tout moyen d’obtenir cette inversion : prime de 2 000 € pour toute création de CDI ou de CDD de plus de 6 mois dans les entreprises de moins de 250 salariés jusqu’à 1,3 fois le SMIC, augmentation du nombre de contrats de professionnalisation, 500 000 chômeurs mis en formation, etc…

Mais, si cette inversion ne se produisait pas  ? Si, considérant ce que certains philosophes ou chefs d’entreprise mondialement connus pensent ou annoncent à savoir que l’automatisation et la robotisation vont supprimer massivement des emplois salariés tayloriens, le chômage continuait sa course ?

Rêvons un peu :

Quel pourrait être un plan B pour François Hollande ?

De la démocratie participative

François Hollande a fait plusieurs fois allusion à la nécessité de développer la démocratie participative, idée notamment développée par l’ancien conseiller social de Michel Rocard quand ce dernier était premier ministre.

Michel Hervé, tel est son nom, a lui-même expérimenté une telle idée dans le cadre de son entreprise « Hervé » qu’il a « libérée » et qui fonctionne plutôt bien aujourd’hui avec environ 3000 salariés.

On notera que durant la campagne de l’élection présidentielle de 2007, il avait soufflé cette idée à Ségolène Royal, qui l’avait reprise sans grande conviction…

Mais cette idée pourrait-elle influencer de façon majeure la prochaine élection présidentielle ?

C’est dans ce cadre qu’Emmanuel Macron pourrait jouer un rôle. Ainsi, bien que se déclarant de gauche, il dit ne pas se retrouver dans les idées développées par la gauche actuelle.

Or quelles sont ces idées ?

Le conflit des gauches

Feu Bruno Trentin (2004), ex-secrétaire général de la CGT italienne et ex-député européen, nous explique assez clairement dans son livre la « Cité du travail » les différentes idées et polémiques qui traversent la gauche.

Selon lui, il y a deux gauches irréconciliables. La 1ère, qui, à l’initiative de Lénine et de Gramsci a magnifié le taylorisme comme étant l’approche scientifique de l’organisation du travail, contrairement à l’idée que s’en faisait Karl Marx.

Karl Marx expliquait en effet que « l’organisation de l’industrie ne cesse de changer la division du travail en lançant sans interruption des masses de capitaux et d’ouvriers d’une branche de production vers une autre, ce qui finit par détruire toutes les garanties de vie des travailleurs, toujours menacés de se voir retirer, avec leurs moyens de travail, leurs moyens d’existence ».

La 2ème gauche, certes dans la confusion, n’a cessé de lutter contre l’aliénation du salarié subordonné portée par la division du travail en posant comme nécessaire évolution la nécessité de redonner du sens à son travail, de le responsabiliser et de lui rendre la maîtrise de ses tâches.

Mais, dans ce débat, les idées de la 1ère gauche sont devenues largement majoritaires et avec elles la légitimation de l’échange de toujours plus de protection sociale et d’augmentation salariale contre la liberté du salarié dans le cadre du contrat de travail.

La position des salariés

Les salariés ne se reconnaissent globalement plus parties prenantes dans ce petit jeu. Ils ruent dans les brancards et remettent en cause confusément au fond d’eux-mêmes cette aliénation, à savoir ce lien de subordination qui les prive de penser leur travail et de toute prétention à une réelle reconnaissance et à l’accès à une réelle liberté et dignité.

Cela explique le rejet du personnel politique traditionnel et le penchant vers des extrêmes censés prendre d’autres décisions qui seraient enfin opérationnelles…

C’est pourquoi les programmes que mettent en œuvre la gauche comme la droite républicaines ne leur conviennent plus parce que ne permettant pas de résoudre la montée, qu’ils ressentent fortement, de la paupérisation de tous.

Or, il faut bien un sursaut, un effort conjugué de tous, pour relancer de manière durable la machine économique. Il est nécessaire de remobiliser toutes les énergies autour de nouvelles modalités de production permettant d’offrir une production compétitive adaptée aux besoins locaux dans le cadre de la mondialisation.

Pour cela, il convient non seulement de mobiliser les forces physiques de travail, mais également les intelligences de chacun mises en réseau, bref de passer d’un lien de subordination à un mise en réseau des cerveaux.

Or notre tradition de centralisme jacobin, de tout état, de pouvoir réservé aux titulaires de diplômes de grandes écoles, ou à des représentants élus ou associatifs, empêche cette évolution.

Ça parle

Ainsi, le nombre des déçus du changement toujours promis, mais qui n’arrive jamais, ne cesse d’augmenter, puisqu’au fond ça réclame dans l’inconscient plus de dignité et de capacité à décider et faire et non plus seulement à échanger survie contre obéissance.

Cela nourrit les extrêmes qui remettent en cause, à peu de frais, le système avec le succès que l’on connaît (tous pourris).

Ces évolutions sont particulièrement marquées en France, mais sont à l’œuvre dans tous les pays du monde et aussi dans les pays émergents qui ont adopté l’organisation dite scientifique du travail.

Ainsi, le monde court à sa perte du fait d’une exploitation forcenée et d’un gaspillage des ressources planétaires entraînant une détérioration de l’environnement et une pollution gigantesque, avec un accroissement des inégalités et une paupérisation corollaire engendrée par la mondialisation de la division du travail, que seule une mondialisation des intelligences pourrait contrecarrer…

Il n’y a point de développement durable avec le taylorisme destiné par construction à une production de grandes séries à bas coûts permettant le développement du consumérisme et du tout jetable au mépris de la survie effective des générations futures…

Les corrections que la gauche comme la droite traditionnelles peuvent apporter (toujours plus de protection sociale et/ou plus de réglementation environnementale) ne changeront jamais fondamentalement cette donne. Encore moins les corrections malheureuses, dans lesquelles pourraient nous précipiter les extrêmes.

La seule régulation qui puisse être efficace consisterait à redonner le pouvoir à chaque niveau où les décisions sont prises, en évitant de mettre en position de décider les seuls sachants (élites, corps intermédiaires et politiques).

Cela s’appelle justement introduire une dimension de démocratie participative, dans l’entreprise et dans la société.

Un changement de paradigme économique en marche ?

Or quel est le discours d’Emmanuel Macron ? Que pointe-t-il du doigt ? Que raconte-t-il, qui fait dire pis que pendre aux commentateurs avisés, lesquels ne comprennent pas bien de quoi ça cause ?

Emmanuel Macron indique à qui veut bien l’entendre (justement ceux qui n’entendent plus les politiques traditionnels) « le vrai clivage aujourd’hui, il est entre  les progressistes et les conservateurs, plus qu’entre la gauche et la droite« .

Dans son discours aux 587ièmes fêtes de Jeanne d’Arc, le 8 mai 2016 à Orléans, il explique « Au fond que nous dit l’aventure de Jeanne? Que l’on ne peut rien réussir seul, qu’il ne suffit ni d’être aimé des gens, ni de les aimer, mais qu’il faut leur faire confiance, croire dans les initiatives individuelles, dans le courage, dans le risque pris, dans notre jeunesse, dans chacun d’entre nous« . En invoquant Jeanne d’Arc, il banalise aussi la référence des extrêmes…

Ce discours, au fond, n’est justement rien d’autre qu’une remise en cause fondamentale du taylorisme, d’un appel (encore) caché à plus de démocratie participative, qu’une critique des extrêmes. Bref, il s’adresse à ce qu’attendent sans en avoir une claire conscience la plupart de nos concitoyens.

Ainsi, dans notre rêve, François Hollande, devant la montée inexorable du chômage, construirait un plan B en passant opportunément la main au très « loyal » Macron.

Il barrerait ainsi utilement la route à Manuel Valls, pas très en odeur de sainteté à gauche de la gauche. En effet, ce dernier risquerait de ne pas entraîner suffisamment d’électeurs derrière lui dans son juste combat contre toujours plus d’assistance et de dépenses publiques, et cela malgré sa propension à faire œuvre d’autorité qui le rend en partie populaire, lui qui n’a jamais fait le lien avec le taylorisme triomphant.

Rêvons

Ce nouveau discours prend, aussi, efficacement à revers toutes les propositions de repli sur soi avec un système de commandement/contrôle (autorité) davantage centralisé désignant notamment comme boucs émissaires l’étranger et/ou les puissances d’argent.

Et si le prochain président de la république proposait de redonner, comme le souhaitait Bruno Trentin, à chaque citoyen le droit de rechercher également dans le travail la réalisation de soi constitutif du droit d’obtenir son indépendance en participant aux décisions qui sont prises sur son lieu de travail, y compris le droit d’être informé, consulté et habilité à s’exprimer quant à la formulation des décisions qui concernent son travail ?

A cet égard, Aristote pensait déjà au 4ème siècle avant Jésus Christ, comme le rappellent Dardot et Laval (respectivement philosophe et sociologue) que « l’expertise collective de la masse des incompétents était supérieure à l’expertise des compétents ».

Ainsi, l’exercice effectif de ces droits obligerait à réunifier connaissance et exécution, travail et savoir, travail et activité créative…

Cela serait de nature à lancer une refondation de la démocratie tout court. Le peuple s’apercevrait, selon la double signification du grec ancien Pharmakon (à la fois remède et poison) repris par Derrida et Bernard Stiegler, aussi de la nature de poison mortel contenue dans le contrat de travail subordonné tout comme dans la démocratie limitée à l’exercice du pouvoir par les seuls représentants élus…

Et les entreprises démocratisées redeviendraient hautement compétitives et rentables tout en distribuant un pouvoir d’achat en constante augmentation avec de plus en plus de citoyens en activité dans un environnement préservé !

Tout candidat qui centrerait ainsi son discours a de grandes chances de se retrouver au 2ème tour. Pourquoi pas aussi Alain Juppé, le centralisateur jacobin qui aurait tiré de ses mésaventures « primaturesques »  et judiciaires et en raison de l’expérience due à son âge, le sursaut nécessaire pour redonner véritablement la parole à la France d’en bas ?

Rêvons !

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