Vers la fin du taylorisme ?

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Du temps où le taylorisme produisait le plein emploi (jusqu’à la fin des Trente Glorieuses), sa remise en cause n’était que le fait de quelques penseurs. Bruno Trentin, ancien secrétaire général de la CGIL italienne, a d’ailleurs fait un recensement assez complet de leurs travaux, dans son livre intitulé la « Cité du travail »

la cité du travail

Le taylorisme a d’ailleurs permis l’essor d’une production de très grandes séries à bas coûts, ce qui a produit un enrichissement extraordinaire de la population des pays industriels en moins de deux siècles.

Les limites du taylorisme

Mais le taylorisme a atteint aujourd’hui plusieurs limites :

  • Sa généralisation aux pays émergents dans un monde globalisé a cassé la croissance dans les pays industriels,
  • Ses besoins mal contrôlés et excessifs en matières premières (pour produire des grandes séries) ont rendu impossible la poursuite de son développement durable pour l’ensemble des habitants de la planète Terre. Les dégâts sur l’environnement sont tels qu’une véritable politique écologique s’impose,
  • Sa domination sur l’homme (lien de subordination) a produit des effets pervers avec un développement des stratégies des salariés pour échapper au travail ou du moins pour le minimiser, détricotant ainsi le lien social nécessaire dans toute société civilisée,
  • Non seulement il a répandu massivement l’ennui notamment en raison du fait d’une population de plus en plus éduquée, mais il a augmenté les souffrances de plus en plus de salariés, avec son cortège de somatisations, allant parfois jusqu’au suicide.

Comme la plupart des salariés s’ennuient, nous assistons à une montée du populisme qui n’est rien d’autre que l’expression du désir de ce que les salariés n’arrivent pas à avoir, à savoir à disposer de cette capacité à jouir de leur travail et pour cela d’avoir un emploi.

Le taylorisme a lui-même généré des comportements d’évitement et de protection contre le travail contraint.

Une partie des salariés, entraînés par leurs syndicats et avec la complicité active ou passive de leur management, a adopté des stratégies de rébellion plus ou moins explicite aboutissant à une forte diminution de l’implication dans le travail ou même tout simplement à un rejet de tout travail avec un déport vers des populations précarisées : intérim, sous-traitance, délocalisation, le tout au détriment de la création d’emploi annihilée par les coûts supplémentaires ainsi générés.

Le management, soutien indirect du taylorisme

Le management intermédiaire lui-même s’est développé de façon démesurée dans certaines grandes entreprises, toujours, in fine, en silos, et a multiplié de façon désordonnée, pour justifier son existence, les procédures, les reportings, les tableaux de bord, avec, corollairement, une perte de repères de qui fait quoi (la structure n’a pas de prise sur le fonctionnement réel de l’entreprise), une perte de sens du travail, une extension de la démotivation, etc.

Ces couches de management visent à toujours plus découper les tâches avec toujours plus de contrôles. Les injonctions qui en découlent, deviennent très souvent contradictoires du fait de leur foisonnement, ce qui empêche toute application réelle. Pour essayer d’y remédier, de nouvelles organisations matricielles ont été mises en place avec pour but de développer communication et coopération transversale… En général, il en est résulté encore plus de confusions et un repli supplémentaire des salariés.

En effet, à chaque restructuration, le fonctionnement originel du taylorisme en silos (intériorisé dans les comportements et conduites) perdure par-delà les changements de structure en laissant la possibilité au management d’auto-justifier son existence, de développer des espaces protégés et en permettant également à chaque salarié (insider) d’y trouver son compte au détriment de l’efficacité, de la production de richesses, de la croissance et de la création d’emploi (et donc au détriment des outsiders).

Les salariés critiquent massivement, à juste titre, leurs organisations devenues inefficaces. Comme la mondialisation empêche la répercussion de la baisse (tendancielle) de la performance sur le client final -ce qui était le propre d’un fonctionnement endogène de ces organisations de type monopolistique, puisque le client final était obligé d’acheter les seuls produits proposés, les entreprises voient une stagnation ou une décroissance de leurs résultats avec tout les effets sur l’emploi que nous connaissons.

L’organisation taylorienne critiquée

Tous les discours sur la nécessaire baisse du coût du travail, le renforcement de la protection, la réindustrialisation et la relance illusoire d’une consommation d’une production produite localement ne changeront rien à ces évolutions inéluctables liées structurellement aux modes de gestion et au management traditionnels. Il en va de même des services publics, le client final étant, là, le contribuable qui ne supporte plus de payer un service dont les coûts, par le jeu du taylorisme et du désinvestissement au travail, sont toujours croissants et sont répercutés de façon insatiable sur le contribuable (particulièrement vrai en France qui n’arrive pas à faire décroître le taux des prélèvements obligatoires).

Toutes les entreprises traditionnelles, confrontées à la concurrence des pays émergents et du fait de cette concurrence, ne peuvent plus répercuter le coût de leur organisation déficiente vers les clients et les consommateurs de leurs produits.

Les clients et consommateurs sont en effet, du fait de la mondialisation, en mesure de choisir et donc d’exiger une meilleure qualité et des fonctionnalités complémentaires à moindre coût. Il est à noter, également, que tout retrait d’un pays de cette insertion économique globale conduirait à un appauvrissement encore plus rapide. Ainsi la mondialisation accélère de façon presque mécanique la perte d’efficacité et le déclin des entreprises à fonctionnement taylorien des pays industriels.

Face à ce désastre programmé, certaines entreprises réagissent et empruntent de nouveaux chemins de gestion (cf les entreprises dites libérées)

Bruce Dévernois

 

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